Publicité géante de la place des Vosges : utiliser l’affichage publicitaire pour financer la restauration des monuments est une fausse bonne idée !

La ministre de la Culture vient de s’opposer au renouvellement de l’autorisation de la bâche publicitaire qui masque depuis plusieurs années un hôtel particulier de la place des Vosges. Censée être « provisoire », cette publicité géante, installée par la société Exterion Media (qui vient d’être lourdement condamnée pour de multiples violations du code de l’environnement) était en place depuis plus de deux ans. Cette affaire illustre les limites d’une idée a priori séduisante (installer des publicités pour quelques temps afin de contribuer au financement de la restauration du patrimoine) et qui se révèle catastrophique à l’usage.

Les pollueurs chargés de la protection des monuments ?

La bâche publicitaire de la place des Vosges était installée par la société Exterion Media, troisième afficheur en France, qui vient justement d’être condamnée par le tribunal d’instance de Mâcon à verser près de 30 000 euros de dommages-intérêts à deux associations de protection de l’environnement (lire notre communiqué du 28 avril 2014). Pire : plus d’un mois après le jugement, cette société n’en a toujours pas tiré les conséquences, puisque plus d’une dizaine de panneaux publicitaires jugés illégaux par le tribunal étaient encore en place le 5 mai !

Les concurrents de la société Exterion Media ne font pas mieux. Ainsi le groupe JCDecaux, numéro un mondial de l’affichage, est l’exploitant de plusieurs bâches publicitaires installées sur des monuments. Problème : cette société a été épinglée en 2013 par le procureur de la République d’Angers, à la suite d’une plainte déposée par Agir pour les paysages et l’association départementale La Sauvegarde de l’Anjou (lire notre communiqué du 20 septembre 2012), pour avoir installé des télévisions publicitaires… à proximité d’un monument classé.

Le chef du service départemental de l’architecture et du patrimoine du Maine-et-Loire, Dominique Latron, déclarait alors à la presse (1) : « La société Decaux est toujours borderline avec la loi. Elle espère à chaque fois que les tribunaux mettront du temps à traiter les dossiers. Pendant ce temps, l’argent rentre dans ses caisses. » Peut-on vraiment croire que les afficheurs, qui ont tant de mal à respecter la législation censée protéger le patrimoine et le cadre de vie, sont les mieux placés pour contribuer à la restauration des monuments historiques ?

Du provisoire qui dure

Les dispositions du code du patrimoine qui permettent les bâches publicitaires sur les monuments historiques sont censées limiter cette autorisation aux « travaux extérieurs » et à la durée des travaux. En pratique, ces dispositions sont détournées de leur usage : dans l’affaire de la place des Vosges, la société Exterion Media a elle-même reconnu que « 99 % des travaux concernent l’intérieur de la structure » (2). Et aucune durée maximale chiffrée n’étant définie par la loi, de telles bâches peuvent rester en place pendant de longues années.

Pire encore : la restauration du patrimoine étant un travail de longue haleine, un chantier succède à l’autre… et une bâche publicitaire chasse l’autre ! À Paris, le long de la Seine, la bâche publicitaire du Louvre a succédé à celle du musée d’Orsay ; la publicité installée sur l’aile sud du Palais de justice a remplacé celle installée durant plusieurs années sur l’aile nord… Sous couvert d’autorisations temporaires, le patrimoine du centre historique de la capitale est durablement défiguré. Cette situation se retrouve dans toutes les villes, de Lyon à Venise, où les bâches publicitaires sont autorisées.

Agir pour les paysages rappelle son opposition de principe aux publicités géantes, quel que soit l’usage effectué des revenus qu’elles génèrent. Elle demande à Aurélie Filippetti de tirer les conséquences de la situation observée place des Vosges en déposant un projet de loi pour abroger les dispositions qui avaient été introduites dans le code du patrimoine par le gouvernement Villepin.

(1) Le Courrier de l’ouest, 13 juillet 2013
(2) Le Parisien, 25 avril 2014

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